Dossiers

Qu’est-ce qu’une culture catholique ?

P. Doyen Philippe Capelle-Dumont
Président de l’Académie catholique de France

La question peut être entendue sous le mode de l’interrogation augustinienne : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent » (Saint Augustin, Confessiones Livre XI). Il faut en effet renverser les points de vue. Le catholicisme nous habite avant même que nous ne l’interrogions, nous environne avant même que nous n’allions vers lui, nous parle avant que nous en parlions. Telle est la situation paradoxale du catholicisme, par delà l’Occident, quand bien même certains annoncent sa disparition prochaine. Le véritable problème surgit lorsque l’on s’emploie à son objectivation : on comprend ainsi volontiers le catholicisme comme l’une « des religions du monde », voire comme « religion de la sortie de la religion » (Gauchet), mais on omet d’interroger sa qualification proprement « religieuse ». Reconduit aux motifs de l’expérience personnelle, on en oublierait sa rationalité  – non pas seulement sa cohérence interne – universelle et déployée comme telle. Le traitant comme un beau réservoir de valeurs, on en viendrait à biffer ce qui est pourtant placé au cœur de sa définition : sa puissance actuelle d’engendrement.

L’irréductible spécificité historique du christianisme

Jean-Robert Armogathe, vice-président de l’Académie, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, vient de diriger, aux Presses Universitaires de France, deux gros volumes d’une Histoire générale du christianisme (en collaboration avec Michel-Yves Perrin, Pascal Montaubin et Yves-Marie Hilaire). Nous lui avons demandé quelques lignes sur la spécificité d’une histoire du christianisme.

Le christianisme n’apparaît pas seulement comme une constituante originale de l’histoire des civilisations ; dans cette histoire, il est partie prenante de l’histoire des idées, d’une manière telle que son omission décapite toute tentative pour rendre compte du développement historique de la pensée, des mœurs, des sciences, des lettres et des arts.

Revisiter la loi naturelle

Dossier établi par le Collège régional du Grand Sud-Ouest Contributeurs :  Madame le Professeur Claudie Lavaud,  Monsieur le Professeur Laurent Degos, Monsieur le Doyen R.P. Jean-Michel Maldamé, o.p Avant-propos L’Académie Catholique de France a engagé depuis 2011 la mise en place de Collèges régionaux (ainsi à Bordeaux pour la région Sud-Ouest, et à Lyon/Aix pour la région Sud-Est) en partenariat avec les instituts universitaires catholiques, ainsi que les instituts diocésains de formation et des revues et associations catholiques.             L’Institut  Pey-Berland de Bordeaux, en lien avec l’Institut Catholique de Toulouse, a organisé  une journée d’étude sur le thème  de la loi…

La dissuasion nucléaire

REFLEXIONS par Monseigneur Claude DAGENS, évêque d’Angoulême, membre du corps académique, Académie catholique de France

1. Première remarque préliminaire : nous avons conscience de réfléchir à des réalités qui nous dépassent et qui sont porteuses non seulement d’une grande complexité, mais surtout d’une lourde charge d’irrationalité et même de violence.
L’Énergie nucléaire est terriblement ambivanlente : elle est à la fois source de progrès maîtrisables et cause de peurs justifiées. Mais à nous de ne pas tout mélanger, en mettant sur le même plan les centrales nucléaires et les bombes atomiques !

2. Seconde remarque préliminaire, que l’on trouve, d’une façon continue, dans la pensée du théologien Joseph RATZINGER : si la modernité scientifique et technique se caractérise par l’essor de la raison instrumentale, celle qui calcule, et qui contribue à la maîtrise et à la manipulation du monde, les calculs de cette raison instrumentale ne suffisent pas. La raison humaine, parce qu’elle est humaine, doit inclure aussi le travail de la raison morale, celle qui s’interroge sur le sens des transformations et des manipulations que l’on entreprend.
La technique, laissée à elle-même, peut devenir destructrice. Cela vaut aussi bien pour les processus financiers que pour l’énergie nucléaire. Il est donc légitime de s’interroger sur les raisons de la dissuasion nucléaire, en ce début du XXIe siècle. Je ne sais s’il faut parler de sa « délégitimation » : en tout cas, il est normal que la raison morale intervienne, en dialogue et en confrontation avec la raison scientifique et la raison politique, parce que la dissuasion nucléaire se trouve au croisement des trois.

 

3. Troisième remarque préliminaire : face à ces réalités et à ces questions, qui touchent à la vie politique, à la défense nationale, à la guerre et aux armements, la réflexion chrétienne a été toujours partagée.
Il faut bien reconnaître qu’il existe un contraste très grand entre la morale chrétienne appliquée à la naissance et à la mort humaine, et à la maîtrise médicale de la naissance et de la mort, d’une part, et d’autre part la morale chrétienne appliquée à la guerre et à la paix.

Pauvreté

L’Église catholique, progressivement écartée depuis le 17e siècle des réseaux d’assistance au profit d’une intervention croissante de l’État, n’a cessé pour autant d’apporter des secours aux plus démunis. Comme le montre le rapport de Mgr Pansard (Lourdes, novembre 2009), cette tâche lui est désormais de plus en plus souvent déléguée par les responsables publics. Cependant, à côté d’une assistance effective aux besoins les plus urgents et auprès des personnes les plus défavorisées, il appartient à l’Église catholique de réfléchir sur les causes de ces besoins et de faire à la société et à ses responsables des propositions permettant d’augmenter les…