Temps des hommes, temps de Dieu. Pour une pastorale du temps

Symposium organisé le jeudi 3 décembre 2020 de 9 à 18 heures
au Collège des Bernardins (20 rue de Poissy, Paris Ve)
par l’Académie catholique de France
et l’archevêché de Strasbourg
en lien avec la Conférence des évêques de France

Le christianisme est parvenu à un stade de son histoire qui appelle une relecture de certaines de ses pratiques. Le pape François y invite énergiquement. Expression historique de la volonté divine d’aller auprès des nations et d’y faire retentir les paroles du salut, l’Église a parcouru, dans une entreprise singulièrement féconde, au prix de nombreuses conversions spirituelles, un chemin de réalisations sans précédent. Si les cinq continents sont tous atteints par l’annonce évangélique, si les villes et villages de nombreux pays ont été imprégnés jusque dans leur vie institutionnelle par la référence chrétienne, si ses textes sacrés sont traduits dans la quasi-totalité des langues pratiquées, le christianisme se heurte cependant aujourd’hui en bien des domaines à un épuisement de son modèle de présence territoriale, ne parvenant plus à réunir les conditions lui permettant d’en assumer l’ancienne logique. Le souci de l’espace a, semble-il, recouvert le souci du temps. « Donner la priorité à l’espace, écrit le pape François, conduit à devenir fou pour tout résoudre dans le moment présent, pour tenter de prendre possession de tous les espaces de pouvoir et d’auto-affirmation. C’est cristalliser les processus et prétendre les détenir. Donner la priorité au temps, c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces. Le temps ordonne les espaces, les éclaire et les transforme en maillons d’une chaîne en constante croissance, sans chemin de retour. » (La Joie de l’Évangile, 222-223.)

Le concile Vatican II (constitution Dei Verbum) a certes rappelé le caractère temporel et progressif de la Révélation biblique qui culmine dans le Christ eschatologique : Celui-ci, en précédant l’humain, le convoque dans un monde inachevé. Déjà mise en œuvre dès les premières générations chrétiennes, l’évangélisation du temps a ainsi modelé la liturgie, suscité les martyrs, engendré la diversité des fonctions et des ministères, fondé les monastères. Mais nous vivons comme un évanouissement de la conception chrétienne du temps, son évacuation dans les faits historiques (l’ère chrétienne disparaît), psychologiques (fin d’un temps orienté vers l’au-delà), sociologiques (net recul de la pratique dominicale). Un sentiment de fracture s’est ainsi progressivement imposé entre le temps des horloges individualistes et celui de l’invitation ecclésiale à la communion humaine, entre le temps cosmique et celui de la seigneurie du Christ, maître du temps.

Revisiter dans ces conditions les différents lieux de vie ecclésiale, stimuler l’annonce évangélique auprès des âges de la vie humaine, l’inscrire conséquemment non pas dans un projet d’installation, mais dans la visée biblico-chrétienne de la promesse et de la transfiguration, tel est le motif d’une réflexion systématique sur une « pastorale du temps » qui, loin de faire antinomie avec une pastorale de l’occupation territoriale, lui offrirait de nouvelles formes de germination. En effet, que le temps soit « supérieur à l’espace », selon le mot du Saint-Père, cela signifie que l’espace ne connaît en christianisme que des frontières mobiles, dessinées par un temps initiateur et salvateur.

De cette situation et des urgences qu’elle appelle, aucune approche globale, par bilan et diagnostic étiologique, ne semble avoir été commise. C’est afin de l’engager qu’est organisé conjointement par l’archevêché de Strasbourg et l’Académie catholique de France, en lien avec la Conférence des évêques de France, un symposium réunissant les acteurs principaux de la vie ecclésiale, praticiens et théoriciens, le 17 juin 2020.

Plusieurs axes de réflexion en déclineront l’intention. Ils seront principalement consacrés aux articulations entre le temps humain et le temps chrétien, entre le temps théologique et le temps ecclésial : comment l’Église vit-elle et anime-t-telle le temps de la foi, de l’espérance et de la charité ? Quelle alliance promeut-elle entre le temps cosmique, la demande de sens historique, la prière des heures et la louange divine ? Comment accompagne-t-elle la temporalité de la personne et la relie-t-elle, à même ses souffrances, ses projets et ses décisions, à la vie éternelle ? Comment, refusant — selon le mot de François — la constitution de « nids » communautaires confortables, inspire-t-elle la temporalité des diverses communautés chrétiennes comme une marche missionnaire vers le seul royaume, par la prédication, les sacrements, le sacrifice ?

Plus largement, comment, en tout cela, la pastorale ecclésiale honore-t-elle les temps divino-humains de la Création, de la Révélation et de la Rédemption ?

Inviter les pasteurs à initier des processus visant à remettre l’homme actuel dans une vision chrétienne du temps, tel est l’enjeu. De sorte que le temps du sens, cette quête assoiffée du sens de la vie et du monde, qui traverse aujourd’hui à nouveau les générations « post-modernes », soit assumé par le sens du temps, celui du salut et de l’enfantement, dans l’attente de la fin des temps et de l’éternel commencement.

Photographie : cadran solaire de la cathédrale de Strasbourg (François Muller)

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