La demeure de l’événement

21 avril 2019.

Que se passe-t-il en vérité ? Nous sommes en train de comprendre que l’avenir peut mourir avant le passé.

Les expressions émotionnelles suscitées par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris et les tentatives de toutes sortes d’en produire un commentaire avisé ou une touchante métaphore, n’ont guère troublé le murmure influent du lexique muséographique. « Nous vous aimons, cathédrales, rites, musiques sacrées mais, s’il vous plaît, ne soyez pas trop chrétiens, surtout pas trop catholiques, aimez le christianisme et cela suffit ». Là-contre, on estime avoir donné dans la préventive : « le patrimoine chrétien est universel ». Mais on entend l’universalité ici et là autrement : ici un bien né dans l’humanité majestueuse, dont on doit gérer avec reconnaissance la conservation, et là le rayonnement sans frontières d’un message de salut ; ici une vénération pour les grandeurs du passé, là l’inquiétude inspiratrice de l’avenir ; ici l’histoire, là l’événement.

Manifestons-en l’alternative souterraine. Et réfutons le principe qui la constitue. Car, à la vérité, notre demeure, c’est l’événement et l’événement notre demeure. Combien d’événements chez Notre-Dame de Paris, dans sa demeure et dans notre demeure intérieure ? Claudel et tant d’autres l’ont su, ressenti, vécu : « Nous viendrons à lui et nous y établirons notre demeure » (Jean 14, 23).

Là est sans doute la passerelle que l’universalité rayonnante lance à l’universalité patrimoniale. Victor Hugo lui-même, abondamment cité depuis la catastrophe du 15 avril dernier, voyait plus que ce qui en fut exhumé : « Le plus beau patrimoine est un nom révéré » écrivait-il en 1826 (Œuvres complètes, Poésie I, « Odes et ballades », éd. E. Renduel, 1834, p. 206). L’appel à la révérence ne concerne pas le seul esthète en effet, mais d’abord le nom : Notre Dame.

Les travaux académiques trouvent aussi leurs chemins conceptuels et métaphoriques dans l’inspiration du Nom, celui auquel seul nous disons « Tu ». Pour nous allier. Pour rebâtir.

Philippe Capelle-Dumont.
Président de l’Académie catholique de France.

Photographie : Remi Mathis, Wikimedia commons.