Homélie 2013

Conversion de saint Paul

25 janvier 2013 (Paris, S. Thomas d’Aquin).

Messe de rentrée de l’Académie Catholique de France

Homélie prononcée par Dom Philippe Dupont - Père Abbé de Solesmes

 

            « Seigneur, qui es-tu ?... Que dois-je faire ? »

            Ces deux questions du pharisien Saul, rempli de zèle mais projeté à terre par la voix divine et la lumière céleste, sont essentielles à toute démarche de conversion et de foi.

 

A - Tout homme, s’il est normalement constitué, ne peut pas ne pas se poser la question fondamentale sur Dieu et sur Jésus : « Qui es-tu, Seigneur ? ». Au fond de son cœur et de sa conscience est inscrit le désir inné de connaître Dieu, de rechercher sa face ; comme saint Augustin, il est en quête de Dieu, jusqu’au jour où il comprend que Dieu le cherche avec encore beaucoup plus d’avidité. Saint Paul était persuadé qu’il faisait œuvre divine en persécutant les adeptes de la voie nouvelle ; et voilà que le Christ en personne vient à sa rencontre et le réveille, en quelque sorte, s’emparant de lui au moment où il se montrait le plus déchaîné dans sa fureur contre l’Église naissante, l’invitant à discerner sa face divine dans ceux qu’il persécute. Le Seigneur se manifeste à lui, non pas dans la pauvreté de Noël, mais dans sa gloire de ressuscité et sa puissance de juge des nations.

            Même si nous sommes chrétiens de longue date, le Seigneur et l’Église nous exhortent continuellement à la conversion; le temps du Carême qui approche en sera une nouvelle occasion. Trop souvent aussi, nous pensons que cette conversion est d’abord notre propre œuvre personnelle d’ascèse, alors qu’elle est principalement et premièrement celle de la miséricorde, comme le chante le psaume : « Converte nos, Deus » (Ps. 84, 4). Nous convertir consiste à retourner entièrement notre regard pour voir le vrai visage de Dieu et entrer en communion avec lui, qui est le trésor de notre foi.

 

B -   La conversion est bien un redressement, puisque le premier péché, dans notre chute, nous a fait culbuter ; depuis lors, notre regard est faussé, nous achoppons sans cesse sur la juste valeur des pensées divines, tant elles nous semblent contraires à nos catégories. N’est-ce pas nous plutôt qui considérons toutes choses à l’envers ? Le monde est tombé sur la tête et il a besoin de se relever pour saisir la justesse du message évangélique, à commencer par les béatitudes qui nous paraissent si paradoxales et déconcertantes, si nous les jugeons avec nos critères humains. Acceptons plutôt d’être souvent désarçonnés, de lâcher nos préjugés, de descendre de notre piédestal pour nous remettre au niveau de Dieu, qui s’est fait si petit, si proche de l’homme, et nous pourrons alors comprendre son dessein d’amour.

            Ce retournement nous dépasse, nous avons besoin d’une illumination de la grâce, sinon de la lumière éclatante qui a aveuglé saint Paul ; nous avons besoin d’être instruits par ceux qui ont reçu la sagesse divine : « On te dira ce que tu dois faire ». En se relevant, Paul doit se laisser conduire et éclairer par d’autres, moins savants que lui. Sachons, nous aussi, abandonner le programme de sainteté que nous nous sommes préfabriqué ; il nous faut renoncer à la perfection que nous aurions vite tendance à placer dans nos privilèges et nos avantages, alors que la voie authentique de la sainteté est celle de l’humilité, comme nous l’a indiqué la Vierge Marie, qui ne s’est jamais glorifiée de n’avoir pas de péché, mais qui, humblement, a reconnu dans sa sainteté l’œuvre de la toute-puissance divine.

            Pour répondre à l’appel de sainteté que nous adresse la voix de Dieu, comme saint Benoît y exhorte ses moines, nous devons, sans pour autant renier ce qui, en nous, peut servir au véritable épanouissement spirituel de l’homme, nous détacher des multiples idoles intérieures et extérieures qui meublent l’univers qui nous entoure et peut parfois nous fasciner : la soif du pouvoir, l’idolâtrie du sexe, l’attrait de l’argent, la propension pour le progrès et la technique. Le Saint Père Benoît XVI rappelle souvent que l’homme orgueilleux se ferme à toute référence à la transcendance divine et se prive, par conséquent, des forces de la grâce et des joies de croire.

 

C - C’est seulement après le vide opéré par la conversion, après l’illumination de la grâce, après l’acte de foi et d’attachement au Christ et le retournement moral que Paul peut devenir le prédicateur choisi par Dieu pour annoncer l’Évangile au monde païen. La prédication, il le soulignera lui-même, n’est pas le fruit de la sagesse humaine et des dons naturels, mais elle jaillit de l’expérience de la rencontre avec le Seigneur ; alors, puisée dans le cœur même de Dieu, cette prédication ne peut faire l’impasse sur la croix et la conversion de la vie, seul chemin voulu par Dieu pour ouvrir la porte de la gloire.

            « Pour moi, vivre, c’est le Christ », disait saint Paul (Phil. 1, 21) ; « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20). La collecte nous a demandé de suivre l’exemple de saint Paul, « en cherchant à lui ressembler », ce qui signifie avant tout nous laisser conduire par la grâce, qui fait de nous des enfants de Dieu.

            Témoins de la force de cette grâce divine, nous sommes tous appelés aussi à être, dans notre monde, annonciateurs de l’Évangile, comme le demande encore l’oraison de ce jour. Dans notre société qui a perdu le sens de Dieu, parce qu’elle a perdu le sens du péché, confondant le bien et le mal, dans notre société qui, trop souvent, se passe volontairement de Dieu et bafoue la loi naturelle, la perte des valeurs mène à la dérive morale, comme nous ne le constatons que trop. Notre vie chrétienne, fortifiée par la foi et menée dans la joie, est un témoignage crédible ; selon les vocations et les missions dans l’Église, chaque chrétien, qui a reçu au baptême l’habilitation à rendre un culte à Dieu et à devenir missionnaire, doit proclamer bien haut les vérités immuables de la loi divine face aux puissances des ténèbres qui cherchent à étouffer la voix de la vérité et à voiler la lumière céleste.

La conversion de saint Paul est le fruit de la prière de saint Étienne ; notre rôle primordial est, par conséquent, de prier pour que la lumière soit accueillie, en particulier dans notre pays. Cette évocation nous plonge dans le grand mystère de la communion des saints.

            Confions cette lourde mission de prière, d’exemple et de parole à la Vierge, à celle que l’Église invoque comme écrasant la tête du serpent diabolique et brisant toute hérésie, elle que saint Paul reconnaissait jouer un rôle primordial dans l’œuvre de la Rédemption, en affirmant : « Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale » (Gal. 4, 4). Recommandons-nous aussi à saint Paul pour qu’il nous aide à convertir notre intelligence à la lumière divine qui éclaire notre chemin, à ouvrir notre cœur à la voix de Dieu qui parle à notre conscience et à accueillir la grâce qui donne l’audace de confesser devant tous la beauté de notre foi. Alors, nous pourrons, comme lui, dire au terme de notre pèlerinage terrestre : « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai gardé la foi » (2 Tim. 4, 7).

 

Homélie 2012

Ce n’est pas par hasard que ceux qui ont eu à en décider ont, pour cette grande rencontre désormais annuelle de notre Académie, précisément choisi le jour où l’Église nous propose de commémorer la conversion personnelle de l’Apôtre des nations.

Ce qui est arrivé à Paul

Commençons par ré-évoquer rapidement l’événement lui-même. Le livre des Actes nous le rapporte à trois reprises. La version qui nous en a été proposée est celle que, dans le cadre d’une altercation avec les juifs de Jérusalem (Ac 22,3-16), Paul lui-même fut amené à faire de ce qui fut bel et bien l’événement décisif de sa vie.

La situation de départ est claire. Pour le citoyen de Tarse, les choix importants sont faits et l’engagement est total : « Je suis juif ; j’ai reçu à l’école de Gamaliel un enseignement strictement conforme à la Loi de nos Pères […] Je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse. » Aussi, fort de ses convictions, notre Saul avance-t-il sans peur et sans reproche dans une direction assurée, tel ce « fier cavalier français » qui, un jour, partit d’un si bon pas pour se mettre au service d’une si juste cause.

Mais voilà que se produit pour ce Paul un imprévu, voilà que surgit un ''exaïphnès''/un ''soudain'', c’est-à-dire un inattendu total, un événement à la lettre désarçonnant : l’éclat d’une lumière fulgurante et l'appel d'une voix insistante qui mettent notre homme à terre, alors que pourtant elles n’atteignent pas ceux qui l’accompagnent. La réaction de Saul se traduit immédiatement par deux questions :

« Qui es-tu Seigneur, toi qui me parles ainsi ? »

« Que dois-je faire, Seigneur, toi qui me ''jettes'' ainsi ? »

La réponse sera clairement énoncée à la fin du récit par Ananie, l’homme à la fois religieux, fidèle et estimé auquel Paul aura été conduit sans retard : « Le Dieu de nos Pères t’a destiné à connaître ce qui est juste […] Tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu […] Et maintenant, lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus. »... Saul est baptisé sur le champ. Naissait ainsi l’immense penseur et acteur de la foi chrétienne et du christianisme que, devant Dieu et devant l’histoire, devait être Paul de Tarse et de Damas.

Entre temps cependant – entre le soudain de l'événement et de la chute à terre d’une part, et le durable de la conversion et du baptême de l’autre –, l’impétueux et prétentieux Paul aura été obligé et aura accepté :

- de se voir indiquer par d’autres ce qu'il lui est prescrit de faire,

- de se laisser prendre par la main pour être conduit là où il ne sait pas qu’il doit aller,

- d’être éclairé par la sagesse d’un Ananie sur ce à quoi il est désormais appelé.

 

Peut-il nous ''arriver'' quelque chose à nous-mêmes ?

Voilà donc ce qui est arrivé à Paul, au jour dit de sa conversion, que nous commémorons ce soir. Qu’allons-nous faire, nous, du récit qui vient de nous en être rapporté ?


Le chemin sur lequel nous sommes engagés

Nous aussi, nous sommes engagés sur un chemin bien orienté, et nous savons pourquoi. Nous avons été formés à bonne école et nous savons quoi faire – et comment – de ce qu’elle nous a appris et de ce que nos propres engagements nous ont par la suite permis d’en approfondir.

Nous sommes compétents, voire archi-compétents : en sciences de la vie et de la nature, en sciences sociales et humaines, en philosophie et théologie, en arts et lettres, en droit et sciences économiques. Je viens d'énumérer – cela ne vous a évidemment pas échappé – les cinq sections de notre déjà prestigieuse Académie. C’est même parce que nous sommes des « gens de lettres, des savants et/ou des artistes reconnus par leurs pairs » ‒ je cite toujours nos textes officiels –, que nous avons été dûment élus comme membres de cette Académie, et que donc nous sommes ici aujourd’hui. Mais nous sommes aussi croyants et chrétiens puisque ces mêmes textes officiels stipulent que nous ne pouvons être  agrégés que si « [notre] production témoigne d’un lien à la tradition intellectuelle du catholicisme ainsi qu’à son actualisation ».

Il n’en reste pas moins que notre réunion ici et aujourd’hui m’oblige, nous oblige, à nous poser incontournablement cette question précise : sommes-nous pour autant dispensés de cette conversion qui fut demandée à Paul, à laquelle il consentit totalement, dont le récit vient de nous être fait, et qui attend donc sa réception par nous ? Essayons, à la lumière de ce qui nous est dit de Paul, d'éclairer ce que peut être notre propre réponse.

 

Ce que l'aventure de Paul peut nous apprendre

Premier trait : la question nous est posée personnellement, et c’est donc à chacun de nous qu'il revient de l'accueillir et d'y apporter réponse. Le récit que nous venons d’entendre nous précise bien (et les deux autres versions de l’événement du chemin de Damas tiennent également à souligner ce trait) que s’ils virent Paul jeté à terre, ses compagnons ou bien « voyaient la lumière mais n’entendaient pas la voix » (Ac 22) ou bien « entendaient la voix mais ne voyaient personne ». Cela veut dire que, aussi dépendants d'autrui que, comme Paul, nous puissions être pour être acheminés, conduits et finalement éclairés et instruits, c’est nous-mêmes qui, à chaque fois, sommes personnellement en cause, en notre existence propre, en notre intime conscience.

 

Deuxième élément : il nous faut bien réaliser que de conversion il ne pourra s’agir pour nous que si nous découvrons, nous identifions et nous confessons Jésus, le Christ de Dieu. À la question « Mais qui es-tu, Seigneur, qui m’interpelles et me secoues ainsi ? », la réponse est « Je suis Jésus le Nazaréen », à quoi il est ajouté, dans le cas de Paul : « Celui que tu persécutes ». Bien entendu, nous ne persécutons personne et surtout pas, sans doute, les fidèles de Jésus. Mais lui sommes-nous réellement convertis pour autant ? Avons-nous réalisé que, dans sa croix et sa résurrection, Jésus le Christ peut être pour nous, comme le disait Bonhoeffer, la vraie et finalement la seule « force de notre vie » ? Ou bien, pour parler comme Paul ‒ ce qui pourra être encore plus parlant pour nous ici et aujourd’hui ‒, pouvons-nous prendre à notre compte le « Je sais en qui j’ai mis ma confiance » de l'introït de notre la messe, et le « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » de notre antienne de communion ?

Troisième aspect : comme le disait Jeanne d’Arc dont nous célébrions cette année un grand anniversaire, Paul est amené à découvrir que « du Christ et de l’Église, c’est tout un ». Si, en effet, on peut tenir la conversion de Paul pour une épiphanie (et donc estimer que sa célébration est bienvenue dans le prolongement de la fête liturgique qui porte ce nom), nous sommes invités à découvrir, à travers ce qui a été révélé au futur « apôtre des nations », que le Ressuscité de Pâques se manifeste en continuant à vivre dans ses frères les chrétiens avec lesquels Il ne fait qu’un, et dans l’Église qui les rassemble en ce qui est son propre Corps.

Les questions qui nous sont dès lors posées

De sorte que telles sont quelques-unes au moins des questions que nous pose la conversion de Paul :

– Qu’engageons-nous de notre pensée, de notre identité personnelle, de notre vie même, dans ce qui nous fait nous réclamer du nom de chrétiens ? Cela, et comme baptisés (à la suite de Paul qui le fut ce jour-là), et comme membres d’une Académie officiellement déclarée comme catholique, et rassemblée à ce titre ici et aujourd'hui ?

– Par quelle relation personnalisée à Jésus le Christ se traduit notre appartenance au corps académique qui nous réunit ainsi sous une appellation des plus explicite ?

– Quelle conscience avons-nous du fait que notre désignation même nous invite à honorer une vraie solidarité avec l’ensemble de l’Église, une vraie responsabilité envers tout le Corps du Christ, un vrai souci de ce qu’est toujours et partout la communauté chrétienne dans sa diversité, voire une vraie disponibilité à « accomplir en notre chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Église » ?

 

« Mon Dieu, que votre Règne arrive ! »

Ce que, me réclamant de saint Paul, je viens de dire en matière d’appel à la conversion resterait-il trop "spirituel", donc trop abstrait, trop général ou trop irréaliste ? Je veux bien pour finir, et sans solliciter votre attention au-delà du supportable, essayer d’apporter quelques précisions. Elles seront de deux ordres.

Première précision. Nous convertir chrétiennement comme nous y sommes invités n'implique évidemment pas que nous ayons à quitter notre champ de compétence profane. Tout au contraire : notre spécialisation, les exigences de scientificité qu’il nous incombe de respecter scrupuleusement, le noble et indispensable souci qui nous habite de garder toute notre crédibilité voire notre prestige au regard de nos collègues,  confrères et partenaires : il n'y a en aucune manière à négliger tout cela, à y renoncer ! Très clairement, la conversion proprement chrétienne à laquelle nous sommes appelés nous invite – je cite encore nos textes officiels – à contribuer pour notre part à assurer « la place et la reconnaissance dans l’espace public de la production intellectuelle attachée au christianisme ». Or, me semble-t-il,  cela requiert à la fois deux choses. D'abord – en avons-nous assez conscience ? – que nous portions notre connaissance du christianisme au niveau de ce que sont nos autres connaissances. Mais  aussi et du même coup, que nous nous ingéniions à nous montrer de ce fait d'autant plus motivés à cultiver toutes les compétences qui sont nôtres par ailleurs. Soyons clairs, notre conversion est appelée à se manifester précisément en ceci : nous aurons découvert que, justement comme chrétiens, nous n'aurons pas moins mais plus de raisons de nous montrer sérieux avec et dans les disciplines humaines que nous cultivons. Nos textes fondateurs nous précisent du reste qu'il s'agit toujours pour nous de réaliser « une forme de jonction entre un exercice de rationalité et une détermination croyante, entre ''critique'' et ''conviction'' ».

Il me faudra moins de temps pour apporter la seconde précision annoncée. La conversion qui nous est ainsi demandée représente évidemment pour nous une exigence d'autant plus bousculante – songeons ici à Paul – qu'elle est en réalité incessante. Pierre-André Liégé disait qu’il faut comprendre la conversion comme « une catégorie permanente de l’existence chrétienne » ! Il s’agit donc à vrai dire d’une tâche pour l’accomplissement de laquelle les moyens nous manqueront souvent. Ici, nous pourrons apprécier que la commémoration de la conversion de Paul ne soit pas pour nous simplement un rappel, un récit, un mémorial. Parce qu’elle est accomplie dans le cadre de l’Eucharistie, elle est à la fois action de grâce pour ce qu’il nous a déjà été donné d'accomplir dans l'ordre de la conversion, et intercession pour ce que nous sommes encore appelés à en vivre par et dans la grâce de Dieu. Telle a été, je vous le rappelle, notre prière dès l’ouverture de cette messe : « Dieu qui as instruit le monde entier par la parole de l'Apôtre saint Paul dont nous célébrons aujourd'hui la conversion, accorde-nous d'aller vers toi en cherchant à lui ressembler, et d'être, dans le monde, les témoins de ton Évangile. »

 

Je conclu. J'ai d'abord précisé ce qui est arrivé à Paul sur le chemin de Damas. J'ai ensuite posé la question : peut-il (aussi et encore) nous arriver quelque chose à nous-mêmes ? M'appuyant maintenant sur les considérants que je viens d'ajouter, et reprenant la formulation d'un beau cantique que plusieurs d'entre nous ont chanté, je terminerai par cette simple prière : « Mon Dieu, que votre Règne arrive ! » Ce qui est arrivé à Paul grâce à sa conversion, ce qui peut nous arriver à nous-mêmes en notre monde par notre propre conversion, ce n'est rien de moins, finalement, que le Règne de Dieu. Oui, mon Dieu, que –  par ma conversion –, votre Règne arrive ! Amen.

                                                                        + Joseph Doré

                                                        Archevêque émérite de Strasbourg

Homélie 2011

Frères et sœurs, chers amis,
Il y a plusieurs années, le P. de Saint Seine confessait à l'église Saint Ignace, rue de Sèvres à Paris. J'aimais rencontrer ce P. Jésuite. Après l'aveu de mes fautes suivie de l'absolution, il m'invitait à m'asseoir et disait : « Et maintenant parlons de Jésus ». Alors, sortant de sa soutane une boîte à tabac, il roulait une cigarette et après quelques bouffées, engageait la conversation sur les sujets les plus divers mais qui tous se récapitulaient en Jésus, vrai Dieu, vrai homme.
Si je vous raconte cette histoire, ce comportement peu académique, c'est que, à vous fréquenter Mesdames et Messieurs les académiciens, sans vous livrer au tabagisme, au cours des séances officielles, s'entend, par votre travail, votre engagement professionnel, intellectuel « vous parlez de Jésus » à la société contemporaine soit par une parole explicite ou en aidant vos lecteurs, vos auditeurs à franchir le porche des Béatitudes. Vous parlez de Jésus, tantôt avec pudeur, retenue et délicatesse, tantôt aussi avec force, conscience et opiniâtreté bravant parfois le consensus mou ou franchement hostile de ceux qui n'ont pas encore rencontré « le chemin, la vérité, la vie ».
Mesdames et messieurs de l'Académie catholique de France, je n'ai pas à vous discerner un quelconque satisfecit mais à vous inviter à retrouver sans cesse ce moment unique dans votre vie où la foi et la raison se sont rejointes libérant toutes les capacités de votre être tendu vers l'obtention et la transmission du « souverain bien », dans la discipline qui vous est familière.
Cher P. Philippe Capelle-Dumont, président de l'Académie catholique de France, vous avez été bien inspiré en fixant la messe annuelle de l'Académie et des sociétaires au jour où l'Église fête la conversion de saint Paul, l'apôtre des gentils.
Mesdames et Messieurs de l'Académie, par vos travaux, votre réflexion, vos réalisations, vous vous confrontez à toutes les cultures. Votre aura est internationale comme l'apôtre des gentils, vous avez à sillonner le monde. Même critiquée, la société attend votre parole dans la mesure où celle-ci est pérenne non comme une idéologie mais l'humble réponse aux innombrables pourquoi de l'existence humaine dans toutes ses composantes.
Comme il se doit, le corps académique est varié dans ses membres. Puisse chacun d'entre eux recevoir des autres ce qui est nécessaire pour parfaire sa compétence et donc le rayonnement des savoirs et de la foi.
Avec amour et quelqu'humour à l'égard du pénitent pardonné, le P. de Saint Seine disait : et maintenant parlons de Jésus. Cette parole est toujours actuelle, rendons grâce au Seigneur de nous avoir choisis pour servir en sa présence en reprenant l'oraison de ce jour :
« Dieu qui as instruit le monde entier par la Parole de l'apôtre Paul dont nous célébrons aujourd'hui la conversion, accorde-nous d'aller vers toi en cherchant à lui ressembler, et d'être, dans le monde, les témoins de ton Évangile ».

Amen